balqis
Publié le 24 Novembre 2012
Dans la nuit, la lune est belle et témoigne qu'elle est la même pour tous les amants qui s'aiment.
A l'étape, un chameau bramant sa bouche remplie de bave, tirait sur sa corde qui à chaque instant menaçait de rompre. Son museau levé au vent, pointait vers l'orient. Au delà des dunes, sans doute avait il senti la promesse des prémices d'un délice amoureux. Quel tragique spectacle que celui-là, à la fois beau, instinctif, puissamment archaïque, mais aussi douloureux de par cette corde au cou qui retenait le chameau et le chant lugubre du mâle en mal dérangeant tout le campement.
Salem avait l'âme en peine et ne voulait pas s'endormir comme cela, il décida alors de s'éloigner un peu. Au silence numineux des derniers jours, rempli de lumière et de rêve d'or, ce soir sous la lune, avait fait place en lui un sentiment de vide tragique et douloureux. Un insupportable néant. Il était confus et se laissa prendre par la peur. Voici des jours que le silence ne lui parlait plus. "C'est Balqis, elle me manque et je me fais du souci". "Je le sais, je lis dans les poitrines comme dans un livre ouvert. Lâche prise et ne te soucie point, vas là où je te mènerai". "J'ai mal et je suis inquiet, elle qui va donc l'aider ?" "Je suis celui qui t'accompagne et dans ce voyage elle aussi est ma compagne, lâche prise et ne te soucie point ô Salem". Alors, une larme timide s'arracha de l'oeil du garçon pour brûler la terre aride de son visage qui à l'image de ce désert s'était vidé de tout. "Elle était ma femme, ma Reine de Saba, elle était mon âme, elle était mon sein, mon bouclier, mon courage et ma fierté. Et voilà maintenant que je la sais de l'autres côtés de ces dunes assie sur le tapis de sa tente à me pleurer. Non, cela ne me fait pas rien ! J'ai ma révolte qui gronde, sert mes viscères et brûle les poumons par lesquels je respire l'air qui me nourrit !"
Le silence ne se faisait plus entendre, Salem avait momentanément perdu la foi. Mais, au bord du déséspoir le plus complet, le silence eut pitié et repris son action de réconfort. "Vas vers toi même et moi-même de Balqis je m'en occuperai. Qui crois-tu être d'important pour penser que si de ce néant je t'ai tiré, je n'adviendrai pas non plus au besoin de toute l'humanité. En Balqis tu as vu ton âme dans le visage d'une femme et ce choix c'est moi qui te l'ai dicté. Tout comme j'ai dirigé son coeur vers le tien afin que vous vous retrouviez. Maintenant écoute moi bien, je suis le silence, éternel et bienfaisant, pour qui sait tendre l'oreille, jamais je n'abandonne aucun de mes enfants. Lâche prise et vas là où je te mènerai. Si Balqis fait partie de ta légende, sache que cette légende c'est moi qui l'ai créée. Fais moi confiance et la féminité de ton âme sera sauvée". "Promets moi juste de la protéger, elle et ses enfants !" Le silence, pris d'orgueil ne répondit pas dans un long premier instant. Puis solannel, il dit : "JE SUIS, et de terre glaise je t'ai créé comme j'ai créé cette femme et ses enfants. Maintenant aie confiance, lâche prise et vas où je te mènerai !" Salem baisa l'échine et tomba sur son frond en signe de soumission et d'abandon. Il savait que le silence avait raison. Les dunes changent sous l'effet des vents mais la mer de sable reste la même. Chaque chose en ce monde a ses raisons et les fruits se récoltent en leur saison.
" Et ce fut comme si le temps s'arrêtait, comme si l'Ame du Monde surgissait de toute sa force devant le jeune homme. Quand il vit ses yeux noirs, ses lèvres qui hésitaient entre le sourire et le silence, il comprit la partie la plus essentielle et la plus savante du langage que parlait le monde, et que tous les êtres de la terre étaient capables d'entendre en leur coeur. Et cela s'appelait l'Amour....
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