la faille
Publié le 2 Décembre 2012
Tout se passe juste sous la surface. On porte tous à fleur de peau une blessure, une douleur, un tragique. A un moment heureux de nos vies, comme lors d’une belle rencontre amoureuse, une naïveté un tant soit peu fébrile nous dicte sa raison et nous fait penser que cette fois-ci c’est pour de bon, la blessure est soignée définitivement. Et pourtant la terre tremble, la voici, la revoilà, la faille ressurgit en surface. Elle nous lance son défi et nous oblige à regarder ses limites bien en face. On peut aimer quelqu'un avec amitié et profondeur de sentiment, et le blesser simplement en nous montrant nous-même. La rencontre d’un Autre, est à ce sujet une épreuve délicate. L'amour est cet éros de feu qui nous miroite ce que notre âme a de plus noble et de plus beau. Une femme est pour l'homme sa part de féminité concrétisée dans le monde physique, et inversément, le tout au soleil et sur l'azur sans fond de l'océan. Mais la rencontre de l'Autre, le fait de partager notre vie avec la sienne, de par ses limitations inévitables, réveille aussi en nous les retranchements les plus obscures de nos défenses émotionnelles. A la joie d’être consacré comme l'élu dans ses yeux, fait aussi place le doute de ne pas être à la hauteur de ses attentes. C’est la tragique réapparition de la faille. On pensait être au bout de la quête, être définitivement soigné de nos manques, et pourtant, irrationnellement, le doute s'immisce et le doute fait mal.
C'est un paradoxe qui reflète l'imperfection fondamentale de nos idéaux amoureux. La qualité romanesque et érotique d’une relation peut nous amener à confronter tout ce qui a souffert en nous depuis la plus tendre enfance. A nous sentir amoureux, donc à quelque part dépendant de l'autre, nous pouvons éprouver des sentiments désagréables de maladresse et d'inadapation. Et il est parfois plus douloureux de se sentir aimée que de ne pas se sentir aimée, parce que cela nous oblige à affronter nos propres froideur, nos besoins de fuite et nos blessures du passé. Et face aux incidents de la vie, nous succombons aux grandes manoeuvres défensives apprises dans la petite enfance et à l’adolescence. Chacun se protège comme il peut, malheureusement, le plus souvent maladroitement. Et le chemin vers l'amour vrai est sans doute plus long et difficile que l'inévitable cul de sac de la passion.
C’est donc dans les tréfonds de l’inconscient que se joue le drame des coeurs. Et cela malgré l'amour, malgré les bonnes volontés et les nobles sentiments. Comme beaucoup d'autres, la vie m'a blessée et plus d'une fois. Au vent du désert où mes pieds usent leur semelles, j'aurai préféré la luxure du temps passé à ses côtés. Et s'il me restera toujours un effort d'humilité à faire, j'aime ce monde, malgré ses failles avec lesquelles je comprends maintenant qu'il faudra compter. Mon chemin continue et qui sait, un jour peut-être, je jetterai un pont qui me permettra de passer de l'autre côté.
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