ça restera comme une lumière
Publié le 25 Janvier 2013
Les gens qui ont vécu des expériences de proximité imminente de la mort et qui en sont revenus, rapportent qu'ils ont vécu un phénomène d'aspiration chaleureuse vers une source de lumière apaisante. Cela est dit ici pour ne prouver rien du tout. Je me garderai de toute interprétation. Les biologistes et les neurologues expliquent relativement bien ce phénomène. On serait donc un peu comme des papillons de nuit, qui au crépuscule de notre vie volons vers la lumière. Mais ici n'est pas mon principal intérêt, ni ma question du jour. En effet, il est un autre point qui est rapporté par ces expériences de mort imminente qui m'a souvent interrogé depuis que j'en ai entendu parler. La plupart des gens qui ont vécu ces expériences disent que sur le point de laisser leur vie, ils ont revus, comme physiquement, tous les gens qu'ils ont aimés, y compris ceux qui étaient déjà décédés. Voilà mon intrigue qui me fascine depuis plusieurs années.
J'ai lu il y a quelques jours un livre de psychanalyse très bien écrit et fait rare pour ce genre d'essai, rempli en certains passage d'une certaine poésie. Son auteur est d'ailleurs l'un de mes homonymes, un autre Monsieur Yves. Extrait :
"Pas d'amour sans mot d'amour, pas de mot d'amour sans la distance, distance minimale où les lèvres se disjoignent d'un baiser pour qu'une parole puisse être proféré, ou murmurée; distance kilomètrique qui requiert les véhicules de la parole, les taxis du coeur (les métaphores), l'écriture, d'où naissent les déclarations, les promesses d'amour et la poésie et la littérature et la prophétie et les chants et les paroles traduites, transmises, offertes, partagées avec tous, qui s'appelle la culture. La poésie est née le jour où, pour la première fois les deux premiers amants se séparèrent" (Yves Prigent).
Je trouve cela très beau et me renvoie à cette chanson de Jean-Jacques Golman que j'ai posté hier. La banalité des mots les plus simples fait qu'ils sont souvent les plus forts. Certes, dans une chanson à quattre sous, les métaphores ne sont pas ciselées sous le couteau d'un Michel Ange, mais les oeuvre populaires sont souvent bien plus efficaces que le lyrisme parfois surfait des grandes envolées classiques ou les esthétisations vacuites de l'art contemporain. Et cette chanson de Jean-Jacques Goldman, m'a fait pleuré comme je n'avais plus pleuré depuis une quinzaine d'année. Pour quelqu'un comme moi qui ne pleure presque jamais, ou alors si peu et avec beaucoup de retenue douloureuse quand cela m'arrive - rarement - avoir retrouver ce plaisir transcendal de verser des larmes généreuses fut une libération que je n'avais plus ressenti depuis mon adolescence où paradoxalement, j'avais alors les larmes faciles et connaissais bien ce plaisir. Et j'ai pleuré pendant plus d'une heure et je me suis vidé d'un vrai trop plein. Alors, je me suis souvenu que souvent je me disais plus jeune que pleurer c'est comme prier, et la myriade des anges vous accompagne. Comme dans l'expérience paroxytique de la mort imminente, il y a une présence dans le deuil profond. Comme une lumière au bout d'un tunnel.
Ma parenthèse terminée, j'aimerai revenir au début de mon billet. L'auteur de l'essai en question parle plus loin dans son livre de l'amour comme d'un sentiment qui ne meurt jamais. "Dieu qu'il est capable de prendre de nouvelles figures ! Qu'il est susceptible de métamorphoses ! D'évanouissements stratégiques ! D'éloignement séducteur ! Mais pour mourir, il faudrait que l'amoureux change de fantasme, change d'inconscient, autant dire de groupe sanguin, d'empreintes digitales et de groupe ADN." Dieu, voilà une autre exposition d'idées qui sont miennes depuis longtemps. Mais l'auteur se distingue bien de noter la différence entre le sentiment d'amour, et un attachement apeuré ou une simple fascination transitoire pour l'esprit ou la chaire de quelqu'un. Mais l'amour, et il le souligne plusieurs fois dans sa thèse, "un amour disais-je, ne meurt pas". Et pour lui la séparation est bien souvent autre chose que les conséquences d'une perte d'amour : une réponse à l'anxiété ou à une estime de soi blessé. Disons le tout de suite, l'auteur ne fait pas dans la morale et s'en tient simplement au fait de ce qu'il a bien observé.
Tout est donc intriqué. Les paroles de la chanson de Goldman, ma fascination pour ce que l'on sait des expériences paroxytiques de mort imminente, et la thèse de ce médecin psychiatre riche de 40 ans de clinique. L'amour se perd souvent mais ne meurt pas. Et au seuil de la mort, on revera les gens que l'on a aimé.
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